La vérité sur l’arginine dans les suppléments pré-entraînement

Par Alex Rees, MuscleXperience team

Un rapide coup d’œil sur la composition des dix vasodilatateurs/boosters d’oxyde nitrique pré-entrainement (« preworkout ») les plus vendus vous confirmera ce que vous savez surement déjà : l’acide aminé arginine est l’ingrédient incontournable de ces formules censées améliorer la congestion et fournir un surcroît d’énergie aux adeptes de la fonte. Cet acide aminé protéinogène considérée comme non essentiel chez l’homme peut être produit par le corps humain, en quantité possiblement insuffisante par l’organisme selon l’état de santé des individus, d’où un nécessaire apport alimentaire. Son utilisation dans les formules pré-entraînement remonte au temps glorieux des premiers prototypes de cette catégorie de suppléments qui aujourd’hui domine l’industrie de la nutrition sportive, c’est-à-dire au début des années 2000 (Si ma mémoire est bonne, la première version du NO-XPLODE de BSN est sortie en 2005). Les bodybuilders n’avaient pas attendu BSN pour se supplémenter en L-arginine, utilisée de longue date pour ses effets supposés sur la sécrétion d’hormone de croissance endogène. Aussi, ceux qui ont un peu de vécu derrière eux ont-ils pu connaître la bonne vieille arginine Veyron en ampoules, bien chargées en saccharose (l’arôme caramel était plutôt réussi), que l’on achetait à l’époque en pharmacie.

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Avant l’arrivée fracassante de NO-XPLODE sur le marché, les suppléments pré-entrainements étaient inexistants, et l’arginine était principalement utilisée avant le coucher sur un estomac vide (ce qui était censé favoriser une plongée plus rapide dans la phase de sommeil profond, et donc la sécrétion d’hormone de croissance) ainsi qu’au réveil, à jeun.

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Avec l’arrivée des vasodilatateurs dans l’industrie de la nutrition sportive, il a fallu trouver des ingrédients capables d’augmenter la sensation de congestion, et donc le niveau d’oxyde nitrique dans le sang, ce dernier étant responsable de la dilatation des vaisseaux sanguins. L’acide aminé arginine étant converti dans ces vaisseaux par l’enzyme (oxydoréductase si l’on veut être précis) oxyde nitrique synthase (NOS) en oxyde nitrique (ou monoxyde d’azote), il était logique de penser qu’une supplémentation en arginine ferait drastiquement grimper le taux d’oxyde nitrique et nous offrirait un « pump » sans égal.

Ce ne fut pas tout à fait vrai, en partie puisque l’arginine, du moins sous la forme L-arginine chlorohydrate, est très mal assimilée par l’organisme, d’abord au niveau de l’estomac, puis au niveau des intestins. Les marques de nutrition ont donc sorti progressivement de multiples formes d’arginine, arginine alpha cétoglutarate (AAKG), Arginine ethyl ester (censée avoir une meilleure disponibilité), et récemment l’arginine nitrate, à laquelle j’ai consacré un article (Mon avis sur : TESTED ARGININE NITRATE). Si certaines de ces nouvelles formes d’arginine sont effectivement plus assimilables, l’impact véritable de l’ingestion d’arginine sur la production d’oxyde nitrique semble être limité, certaines études ont même conclu à un résultat nul[1], que ce soit sur l’augmentation de l’afflux sanguin ou sur celle de la synthèse protéique. D’autres ont conclu à des résultats plus nuancés[2].

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On a vu précédemment que l’arginine est aussi utilisée en sa qualité de secretagogue naturel de l’hormone de croissance. Elle était utilisée au coucher et/ou au réveil, mais la mode est aux « preworkouts ». Le marketing nous dit donc que consommer de l’arginine avant l’entrainement créerait un environnement hormonal intéressant pour la construction musculaire. Qu’en est-il vraiment ?

Je vais casser l’ambiance: chez les sujets jeunes comme âgés, l’administration par voie oral d’arginine avant ou pendant l’entrainement n’augmente pas la sécrétion d’hormone de croissance induite par l’exercice[3]. C’est un lieu commun, mais une fois encore la nature est bien faite : après un exercice physique intense, l’hypophyse produit un pic d’hormone de croissance, qui participe à un environnement favorable à la récupération musculaire. Une étude publiée en 1999 dans The journals of gerontology. Series A, Biological sciences and medical sciences, Gerontological Society of America a ainsi montré que l’ingestion d’arginine n’amplifiait pas ce pic naturel, et semblait même interférer avec lui. Cela a été confirmé quelques années plus tard, et si la consommation d’arginine après une séance de musculation (ou d’un autre sport) est susceptible d’élever le niveau d’hormone de croissance et d’IGF1[4], avant la séance c’est l’inverse qui se produit. C’est scientifiquement prouvé, la prise d’arginine avant un exercice physique affecte négativement la production naturelle d’hormone de croissance qui intervient post exercice[5]. L’on parle ici d’une baisse conséquente, puisque dans l’étude publiée dans le très sérieux International journal of sport nutrition and exercise metabolism en 2014, l’ingestion de 6g d’arginine par des athlètes entraînés avant un entraînement en résistance a fait chuter les niveaux d’hormone de croissance et d’IGF1 de … 41%.

Cela n’empêche pas le marché d’être inondé de formules pré-entraînement incluant de l’arginine : Arginine X-PLODE (WEIDER), PUMP SERUM (PEAK NUTRITION), EPIC PUMP (encore PEAK – contient 6 000 mg de L-Arginine AKG et 2,000 mg de nitrate de L-arginine par portion !), HOT BLOOD (SCITEC NUTRITION), les différentes versions du C4 (CELLUCOR), ANIMAL PUMP (UNIVERSAL)… La liste est interminable.

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En prenant ces produits avant une séance, vous troquez votre si précieuse et si rare hormone de croissance endogène contre une congestion certes agréable et gratifiante mais aussi éphémère, et vous compromettez votre récupération. L’arginine peut tout à fait avoir sa place dans votre programme de supplémentation, mais est à exclure avant l’exercice : dans une optique de gain musculaire à long terme, et à moins de disposer d’hormone de croissance synthétique, mieux vaut bannir définitivement de votre arsenal les preworkouts contenant de l’arginine, quelle que soit sa forme.

 

Alex REES, le 08/04/2018

 

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[1] Tang JE, Lysecki PJ, Manolakos JJ, MacDonald MJ, Tarnopolsky MA, Phillips SM., Bolus arginine supplementation affects neither muscle blood flow nor muscle protein synthesis in young men at rest or after resistance exercise, J Nutr. 2011 Feb;141(2):195-200. doi: 10.3945/jn.110.130138. Epub 2010 Dec 29.

[2] Alvares TS, Conte CA, Paschoalin VM, Silva JT, Meirelles Cde M, Bhambhani YN, Gomes PS, Acute l-arginine supplementation increases muscle blood volume but not strength performance, Appl Physiol Nutr Metab. 2012 Feb;37(1):115-26. doi: 10.1139/h11-144. Epub 2012 Jan 17.

[3] Marcell TJ, Taaffe DR, Hawkins SA, Tarpenning KM, Pyka G, Kohlmeier L, Wiswell RA, Marcus R., Oral arginine does not stimulate basal or augment exercise-induced GH secretion in either young or old adults, J Gerontol A Biol Sci Med Sci. 1999 Aug;54(8):M395-9.

[4] Zajac A, Poprzecki S, Zebrowska A, Chalimoniuk M, Langfort J. Arginine and ornithine supplementation increases growth hormone and insulin-like growth factor-1 serum levels after heavy-resistance exercise in strength-trained athletes, J Strength Cond Res. 2010 Apr;24(4):1082-90.

[5] Forbes SC, Harber V, Bell GJ., Oral L-arginine before resistance exercise blunts growth hormone in strength trained males, Int J Sport Nutr Exerc Metab. 2014 Apr;24(2):236-44. doi: 10.1123/ijsnem.2013-0106. Epub 2013 Nov 13.

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Le Tribulus terrestris au-delà du mythe

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Par Alex, MuscleXperience team 

Si un supplément à base d’extraits végétaux à fait couler beaucoup d’encre, alimenté bien des débats sur la toile et dans les publications spécialisées et nourri les espoirs (souvent déçus) de milliers de jeunes athlètes en quête de quelques nanomoles de testostérone supplémentaires, c’est bien le Tribulus terrestris. La Tribule terrestre, également appelée « Croix-de-Malte » (en raison de sa forme, les cinq carpelles dotés d’épines évoquant les cinq branches de la croix de Malte) ou puncture vine en anglais est une plante annuelle à fleurs jaunes appartenant à la famille des Zygophyllaceae. Son fruit (utilisé dans les préparations commercialisées comme stimulateurs hormonaux) de forme étoilée est une capsule portant des épines pouvant se planter ou s’accrocher notamment au pelage d’animaux assurant ainsi leur dissémination.

Elle est présente dans de nombreuses régions chaudes du globe, dans le bassin méditerranéen, en Inde, au Pakistan, en Australie, et en Europe centrale et orientale, notamment en Bulgarie, pays qui a donné au Tribulus ses lettres de noblesses contemporaines en raison des performances réalisées par les haltérophiles bulgares  dans les années 1980 attribuées à la consommation  de ce végétal.

En réalité, le Tribulus terrestris fait l’objet d’une utilisation traditionnelle dans plusieurs régions du monde, notamment en Chine et Inde puisqu’il est utilisé dans la médecine ayurvédique, qui le désigne sous le nom de Gokhshura, en langue sanskrite.

On retrouve le Tribulus terrestris dans nombre de médecines traditionnelles à travers le globe, dans le bassin méditerranéen, dans la médecine chinoise, en Inde… On lui a reconnu ou attribué au fil des âges de multiples bienfaits : il serait diurétique, analgésique, antiinflammatoire, antibactérien, et bien évidemment  aphrodisiaque.

Se basant sur cette réputation, l’industrie des suppléments alimentaires a fait main basse sur le Tribulus en le présentant comme un stimulateur de l’hormone mâle testostérone et donc comme un ergogène légèrement anabolisant.  L’extrait de Tribulus serait ainsi capable de stimuler la libido, la quantité de testostérone circulant, la spermatogénèse et la fonction érectile. Le mythe des haltérophiles bulgares qui auraient consommé de l’extrait de Tribulus dans les années 70 et 80, ce qui leur aurait permis de battre tous les records à l’époque, a évidemment activement contribué à alimenter la légende et à populariser le TRIBESTAN, élaboré à partir de Tribulus bulgare. C’était avant que des tests anti-dopage ne mettent en lumière les pratiques de ces sportifs, et que l’on découvre qu’ils n’utilisaient pas que du Tribulus pour se stimuler, ce qui valut à la sélection nationale olympique bulgare d’haltérophilie d’être exclue des jeux de Pékin en 2008.

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Composition phytochimique du Tribulus terrestris : les saponines

Le Tribulus terrestris comprend un grand nombre de phytoconstituants dont des saponines, des flavonoïdes, des alcaloïdes, des phytostérols, des sucres des acides etc. Pour promouvoir leurs extraits de Tribulus, les marques de nutrition sportive affichent souvent fièrement le taux de saponines, alors que le Tribulus en contient une myriade : les fameuses protodioscin et prototribestin, mais également les TerrestrosinsA-E,terrestrosins F-K, neotigogenin, desgalctotigonin, F-gitonin, ruscogenin, desglucolanatigonin, gitonin, diosgenin, hecogenin, chlorogenin, Tribulosaponin A-E, Isoterrestrosin-B et 25-D spirosta-3,5 diene.

Ces saponines sont inégalement réparties entre les fruits, les racines et les feuilles et fleurs du Tribulus terrestris. Elles sont les principes actifs de la plante, ce qui explique que le taux de saponines (saponines dites stéroïdiennes car leur structure ressemble à celles de hormones stéroïdes), et en particulier de protodioscin soit souvent mis en avant par les marques de nutrition sportive commercialisant des extraits de Tribulus.

Une composition phytochimique très variable

On lit souvent que le Tribulus terrestris le plus efficace serait celui récolté en Bulgarie. Nous l’avons vu plus haut, cela tient en grande partie au mythe entourant cette plante. Il est cependant exact que tous les extraits de Tribulus ne se valent pas, ou du moins que leur composition diffère selon leur lieu d’origine. Une étude menée en 2008 sur des échantillons collectés en Bulgarie, Grèce, Serbie, Macédoine, Turquie, Géorgie, Iran, Inde et Vietnam a ainsi révélé que s’ils contenaient tous les saponines protodioscin , prototribestin, pseudoprotodioscin, dioscin, tribestin et tribulosin, les taux de protodioscin et de prototribestin étaient les composants majoritaires de tous exceptés les échantillons vietnamiens et indiens : leur composition en terme quantitatifs était totalement différente[1].

Les allégations entourant le Tribulus terrestris : effets supposés et effets avérés

Le Tribulus terrestris est une plante ayant fait l’objet d’une myriade d’études, ses effets sont donc bien documentés, même si ses mécanismes d’action échappent encore pour la plupart à la communauté scientifique. Les seules études disponibles pendant des années et qui ont contribué à bâtir la sulfureuse réputation du Tribulus sont quelques études menées en Bulgarie au début des années 1980[2,3,4], et portant plus spécifiquement sur la préparation TRIBESTAN, produite justement par une firme bulgare à cette époque.

Depuis le panel d’études s’est étoffé. Certaines vertus de cette plante se confirment, comme ses  propriétés cardiotoniques, anti-inflammatoires et antibactériennes qui ont été validées. Certains de ces composants sont en outre de puissants antioxydants.

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En ce qui concerne la capacité à stimuler la production d’hormones androgènes, les résultats sont plus contrastés. Alors que certains essais menés sur des animaux (singes, lapins) concluent à une augmentation significative de la production hormones stéroïdes (testostérone, dihydrotestostérone mais aussi DHEA) consécutive à un traitement avec un extrait de Tribulus (7,5g/kg)[5], d’autres ont infirmé l’hypothèse que le Tribulus terrestris était à même de stimuler le système endocrinien et le taux d’androgènes circulants[6]. Plusieurs études menées cette fois sur des hommes en bonnes santé (en particulier sur des sportifs) sont également arrivées à la conclusion que le Tribulus n’avait tout simplement pas d’effet hormonal[7,8].

Paradoxalement, si les résultats concernant la production hormonale sont contrastés, ils le sont beaucoup moins concernant les propriétés « aphrodisiaques » de ce végétal : de multiples études menées sur des animaux ont montré une tendance plus importante des animaux traités avec des extraits de Tribulus terrestris[9] à s’accoupler. Ces vertus aphrodisiaques quasi légendaires du Tribulus n’auraient donc pas d’origine hormonale, sans être pour autant infondées[10].

Un cas intéressant évoqué dans l’International journal of impotence research (journal international de la recherche sur la dysfonction érectile) fin 2015 peut nous éclairer sur ce point : l’article relate le cas d’un homme de 36 ans ayant expérimenté un priapisme de 72h suite à l’ingestion d’un supplément contenant un extrait de Tribulus terrestris. Le Tribulus aurait donc un effet sur la relaxation des fibres musculaires lisses des corps caverneux de la verge et la production d’oxyde nitrique (NO) au niveau de leur endothélium.

Effets secondaires :

Les éléments évoquant une possible toxicité de l’extrait de Tribulus terrestris sont rares. Néanmoins, une atteinte hépatique et rénale a été reportée chez un jeune homme ayant consommé des doses importantes de Tribulus durant deux jours dans le but de prévenir la formation de calculs rénaux. Chez la souris, un dosage de 813mg par kilo a été identifié comme toxique, et des dommages, notamment hépatiques rénaux et cardiaques,  ont également été mis en évidence chez le mouton et la chèvre avec des prises alimentaires composées majoritairement de Tribulus terrestris. Pour l’homme en bonne santé, on recommandera simplement de ne pas se nourrir exclusivement de Tribulus et de se contenter des quelques grammes généralement recommandés…

Conclusion :

En l’état actuel des connaissances sur le Tribulus terrestris, cet extrait végétal mérite-t-il que l’on s’intéresse autant à lui ?  En fait, la réponse dépend avant tout de ce que l’on en attend. Si vous consommez un extrait de Tribulus sans prendre aucun recul sur les promesses que certaines marques de suppléments vous font, ou que vous vous imaginez prendre plusieurs kilos de muscle sec et veineux suite à une petite cure, il est évident que vos attentes sont irréalistes. J’ose croire que les lecteurs de MuscleXperience sont des lecteurs avertis, par conséquent cela ne devrait pas être votre cas. Si en revanche vous voulez grappiller un petit regain d’énergie, renforcer votre tonus, réduire la durée et améliorer votre récupération, vous devriez peut-être y réfléchir à deux fois avant de reléguer le Tribulus terrestris aux oubliettes. Non, aucun extrait, aussi standardisé et qualitatif soit-il, ne vous donnera des résultats approchant même de très loin ceux de stéroïdes anabolisants. Par contre, le Tribulus peut être une composante intéressante d’un stack naturel vous permettant d’améliorer votre physique, d’accroître votre force et votre vigueur sexuelle, les effets positifs sur la fonction érectile étant avérés. En outre, sa qualité de plante « adaptogène » (qu’il partage avec notamment avec le Panax ginseng, la Rhodiola rosea, l’Astragalus membranaceus, pour ne citer qu’eux car ils sont fort nombreux dans le règne végétal) le rend susceptible d’améliorer la réponse de l’organisme aux divers stress auxquels il peut être exposé, même si d’aucuns jugent le concept d’ »adapotogène » aujourd’hui obsolète.

Le Tribulus terrestris pourrait donc être un véritable atout pour l’athlète (ou l’amant) naturel en quête de performance. Encore faut-il pour cela sélectionner le produit adéquat, et ici la tâche est rude car chaque marque commercialise son extrait de Tribulus ou son « test booster » en contenant.

Pour limiter les risques d’erreurs, je recommande aux utilisateurs d’être vigilants concernant la qualité du produit : si le prix est souvent un indicateur à prendre en compte, la notoriété d’une marque ne doit pas être le (seul) critère à prendre en considération. En effet, dans le cas d’un supplément contenant un ou plusieurs extraits végétaux, les risques de contamination voire de substitution par un autre extrait existent. Dans le cas du Tribulus terrestris, la substitution par les fruits d’une autre plante sont fréquentes. Dans certains cas cela pourra se traduire par des effets positifs sur le taux de testostérone et donc sur la force et la libido (si l’on a substitué au fruit du Tribulus terrestrisChota Gokhru en médecine ayurvédique – celui du Pedalium MurexBada Gokhru, qui aurait un effet prononcé sur la production d’hormones androgènes et la fonction érectile), dans d’autres par une absence de résultats, voire par des effets secondaires néfastes. En outre, il est certain que la contamination volontaire de certains suppléments contenant du Tribulus par des substances dopantes illicites notamment dans les années 1990 a contribué à sa « légende ». Dans tous les cas, il n’est jamais anodin de consommer un produit dont on ignore la composition exacte.

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Dans le cas du Tribulus, nous l’avons vu plus haut, le taux de saponines et en particulier celui de protodioscin est primordial dans la qualité de l’extrait. Or l’on sait que celui-ci est très variable d’un extrait à l’autre, la composition et la concentration de telle ou telle saponine variant considérablement selon l’origine géographique de la matière première. Ainsi, les extraits récoltés en Europe centrale (Bulgarie, Macédoine) mais aussi en Turquie affichent des taux de protodioscin plus élevés que ceux provenant d’Asie. A contrario, les Tribulus asiatiques connaîtront des taux d’autres saponines plus élevés que les échantillons européens.

Plusieurs experts recommandent logiquement de sélectionner en priorité les extraits végétaux  provenant d’Europe centrale.  C’est oublier qu’à lors actuelle nous en savons encore bien peu sur les mécanismes d’action du Tribulus, et mon expérience m’oblige à tempérer ces doctes conseils : pour avoir essayé quantité d’extraits de toutes provenances, je peux affirmer que certains parmi les plus efficaces sur moi étaient d’origine indienne.  En revanche, j’ai pu tester des échantillons que l’on me présentait comme bulgares, et auxquels je n’ai absolument pas réagi. Par conséquent, au regard du faible coût de ce supplément, n’hésitez pas à essayer plusieurs références (en privilégiant néanmoins les extraits purs et de qualité) pour identifier celle(s) qui vous convien(nent) le mieux. Peut-être ne répondrez-vous pas du tout à ses effets, d’où qu’il vienne, ce qui est le cas de certains pratiquants avec lesquels j’ai l’occasion d’échanger. En sélectionnant un extrait de Tribulus standardisé au moins à 45% de saponines, dont 5/6% de protodioscin, vous mettrez toutes les chances de votre côté.

Des effets somme toute assez aléatoires, une réputation sulfureuse souvent usurpée, mais également beaucoup de promesses et des perspectives intéressantes. Le Tribulus terrestris vaut-il la peine d’être essayé sur le moyen terme par l’athlète naturel soucieux d’améliorer son bien-être et sa condition physique ? Pour moi la réponse est positive. Ayez simplement des attentes réalistes, et sélectionnez avec soin le produit choisi ; et n’allez surtout pas croire que ses bienfaits sont réservés aux hommes, les femmes pouvant également expérimenter des effets bénéfiques sur leur forme et sur leur vie sexuelle. Pourquoi s’en priver ?


[1] Distribution of steroidal saponins in Tribulus terrestris from different geographical regions, Dinchev D, Janda B, Evstatieva L, Oleszek W, Aslani MR, Kostova I., Phytochemistry. 2008 Jan;69(1):176-86. Epub 2007 Aug 23.

[2] Tribestan effect on the concentration of some hormones in the serum of healthy volunteers, Milanov S et al., Med-Biol Inf, 1985;4:27-9

[3] The effect of the preparation Tribestan on the plasma concentration of testosterone and spermatogenesis of lambs and rams, Georgiev P et al, Vet Sb, 1988;3:20-22

[4] tribestan : experimental and clinical investigations, Zakkova S, Chemical Pharmaceutical Research Institute, Sofia, 1983.

[5] Gauthaman and Ganesan, 2008

[6] Effects of Tribulus terrestris on endocrine sensitive organs in male and female Wistar rats. Martino-Andrade AJ, Morais RN, Spercoski KM, Rossi SC, Vechi MF,  Golin M, Lombardi NF, Greca CS, Dalsenter PR. J Ethnopharmacol. 2010 Jan 8;127(1):165-70. doi: 10.1016/j.jep.2009.09.031. Epub 2009 Sep 23.

[7] Street C, Antonio J, Scally MC. The Effects of Tribulus Terrestis on Endocrine Status in Recreational BodyBuilders – A Preliminary Report. Medicine and Science in Sports and Exercise 2000 Suppl;32(5).

[8] Neychev VK, Mitev VI. The aphrodisiac herb Tribulus terrestris does not influence the androgen production in young men. J Ethnopharmacol 2005;101(1-3):319-23.

[9] Priapism caused by « Tribulus terrestris », Campanelli M et al. International journal of impotence research 2016 January –  February.

[10] Effects and Mechanism of Action of a Tribulus terrestris Extract on Penile Erection, Jungmo Do , Seemin Choi, Jaehwi Choi, Jae Seog Hyun, in Korean journal of urology 54(3):183-8 · March 2013.

Bulbine Natalensis : le stimulateur de testostérone suprême ?

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La Bulbine natalensis est une plante vivace herbacée appartenant à la famille des Liliaceae selon la classification classique ou à celle des Asphodelaceae selon la classification phylogénétique. La  Bulbine natalensis est originaire d’Afrique du Sud, où le folklore local lui prête de longue date des propriétés intéressantes, notamment celle d’accroître la libido et la fertilité¹. Outre ces propriétés prétendument aphrodisiaques, on rapporte de possibles utilisations des feuilles de la Bulbine pour traiter des problèmes intestinaux ou les crises de rhumatisme. On la désigne sous le nom de ingcelwane en langue Xhosa,  rooiwortel en Afrikaans et ibhucu en langue Zoulou.

La bulbine natalensis contient différents composés phytochimiques dont des saponines, des anthraquinones, des alcaloïdes et des tanins. Les premières études menées sur ce végétal ont révélé un effet stimulateur de la sécrétion de testostérone chez le rat²³, ce qui n’a pas échappé à l’industrie de la supplémentation sportive, et quelques années plus tard les premiers boosters hormonaux contenant de la Bulbine natalensis ont vu le jour, dont Tropinol de Iforce Nutrition (qui avance pour ce produit une augmentation de la testostérone des sujets tests allant jusqu’à 323%) et Ultra Male Rx de IronMagLabs. Tous deux contiennent de la ProLensis, un extrait de Bulbine natalensis standardisé.

La Bulbine natalensis présente effectivement, en tout cas sur le papier, des arguments de poids pour être présenté comme LE nouveau composé végétal capable d’augmenter de manière significative la principale hormone sexuelle androgène: avec un dosage de 50mg par kilogramme de poids de corps, l’augmentation du niveau de testostérone des rats ayant reçu un extrait aqueux de tige de Bulbine natalensis au terme de l’une de ces études était de … 346%.

Au vu de ces chiffres impressionnants, on est en droit de se demander si la Bulbine natalensis est en passe de détrôner les autres extraits végétaux présentés comme stimulateurs des hormones androgènes et en particulier de la testostérone : le célèbre Tribulus terrestris (qui pousse un peu partout en Europe et ailleurs, même si les extraits originaires de certaines régions des Balkans et en particulier de Bulgarie sont plus réputés que d’autres), la Fadogia agrestis originaire du Niger où il fait également l’également l’objet d’une utilisation traditionnelle comme aphrodisiaque, ou encore le Lepidium meyenii Walpers (« maca ») originaire du Pérou.   

Parmi les composés phytochimiques présents dans la Bulbine natalensis ont été identifiés des saponines, des anthraquinones, des tanins, des alcaloïdes et des glycosides. Parmi ces composés, ceux qui sont impliqués dans les effets des extraits de Bulbine utilisés lors des études menées n’ont pas été identifiés. Nous avons évoqué l’incidence sur l’augmentation des niveaux de testostérone chez le rat. Ont également été mis en évidence une augmentation des taux d’hormone lutéinisante (Lutenizing Hormone  ou LH, qui stimule la production de testostérone par les cellules de Leydig dans les testicules) et d’hormone folliculo-stimulante (Follicle Stimulating Hormone ou FSH, qui stimule les cellules de Sertoli impliquées dans la spermatogénèse). Chez le rat mâle, la supplémentation en extrait de Bulbine natalensis (le dosage ayant eu l’effet le plus prononcé à cet égard étant 50mg par kilogramme de poids de corps) a également engendré une baisse significative du taux d’œstrogènes (uniquement chez les mâles ; pas d’effet sur les niveaux d’œstrogènes circulant chez les rats femelles). La dose de 50mg par kilo a également eu un effet anabolique et androgénique notable5. L’action stimulante de la Bulbine natalensis sur l’activité sexuelle ressort également de ces travaux, puisque les rats ayant reçu cet extrait à un dosage de 50mg par kilo se sont livrés à une activité sexuelle accrue durant ces essais (Ils ont « monté » les femelles plus souvent que le groupe ayant reçu du citrate de sildénafil, le principe actif du Viagra).  

Outre ces effets hormonaux encourageants des analyses ont évidemment été faites pour vérifier l’innocuité ou au contraire les effets nocifs de l‘extrait de Bulbine natalensis sur le rat. Les dosages de 25mg, 50mg et 100mg par kilogramme de poids de corps ont tous trois provoqué des atteintes hépatiques et rénales chez les rats les ayant ingérées6.

Un effet positif sur les niveaux d’hormones mâles, mais des effets délétères sur certains organes, c’est ce qui ressort des tests menés sur des rats en laboratoires. Mais qu’en est-il chez l’homme ?

La seule étude actuellement disponible menée sur des sujets humains ayant reçu deux doses journalières de 325mg de Bulbine natalensis espacées de six heures durant 28 jours n’a révélé aucun effet secondaire préoccupant, que ce soit au niveau des marqueurs hépatiques, rénaux, de l’augmentation du rythme cardiaque ou de la pression artérielle, ce qui conduit l’équipe ayant mené les recherches à conclure que selon ces données préliminaires l’extrait utilisé (en l’occurrence l’extrait standardisé ProLensis™) est aussi sûr que le placebo7. Les conclusions de l’étude font néanmoins état d’une augmentation « marginale » ((+2.0 IU/L, +3%) des phosphatases alcalines (PAL – enzymes dont les valeurs augmentent en cas de maladie du foie) dans le groupe Bulbine, ce qui laisse à penser que l’effet sur le foie n’a pas été anodin (l’étude n’a été menée que sur le cours terme : 28 jours).

Il convient de souligner que ladite étude a été en partie financée par la société Sports Nutrition Research LTD, qui produit elle-même un extrait de Bulbine natalensis.

Le manque actuel de données fiables sur cet extrait végétal apparemment prometteur commande évidemment la plus grande prudence. Il existe en outre sur le marché de la nutrition sportive de nombreuses alternatives légales et sûres qu’il s’agisse d’extraits végétaux ou de complexes alliant acides aminés, vitamines et minéraux. Je n’allais cependant pas écrire un article sur un produit sans l’avoir moi-même testé, j’ai donc décidé d’absorber pendant un mois des doses de Bulbine natalensis allant de 750mg à 2,250g par jour pour en vérifier les effets. Je précise que je n’ai pas fait tester mon taux de testostérone en laboratoire avant et après ce test, il ne s’agit donc que de mon ressenti.

Pour réaliser ce test j’ai opté par l’extrait de Bulbine natalensis proposé par BULKPOWDERS™, que j’ai choisi en raison de sa disponibilité et de son dosage avantageux (comprimés de 750mg). Il est à noter que l’extrait en question n’est pas l’extrait standardisé de marque déposée ProLensis.

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BULKPOWDERS™ recommande de prendre trois comprimés par jour, « idéalement avant les entraînements », et trois comprimés avant le coucher les jours de repos. Si l’on respecte le dosage préconisé cela fait donc 2,25g d’extrait de Bulbine à prendre quotidiennement. N’ayant auparavant jamais testé ce produit j’ai suivi le protocole suivant sur un mois : une semaine à 750mg par jour, deux semaines à 1,5g par jour, et la dernière semaine  à 2,25g par jour. La première semaine je n’ai ressenti aucun changement physique ou comportemental. En revanche dès la fin de la deuxième semaine j’ai pu remarquer une nette augmentation de ma libido, un sentiment de bien-être général accru, un regain d’énergie et une activité onirique nocturne plus intense, sans que mon alimentation ou ma supplémentation n’aient changé en quoi que ce soit mis à part l’augmentation de ma dose quotodienne de Bulbine. Ces premières manifestations se sont vues confirmées durant la deuxième semaine à  1,5g par jour. A la fin de cette deuxième semaine j’ai remarqué une légère évolution à la hausse du nombre de répétitions sur certains exercices, ce qui m’a permis de prendre un peu plus lourd et me permet logiquement de conclure à un gain de force dû à la prise de Bulbine. J’ai également noté une vascularisation plus prononcée, et si mon poids est resté constant mon taux de masse grasse à légèrement baissé (-0,3%).

J’ai attaqué la quatrième semaine avec trois comprimés de 750mg par jour soit une dose quotidienne totale de 2,25g  Les effets positifs que j’avais remarqué et mis sur le compte de la Bulbine ont eu tendance à se dissiper et au bout de trois jours à 2,25g j’ai même expérimenté une certaine fatigue inexplicable. Puisqu’à l’issue de ce mois de test il me restait 34 comprimés je suis reparti sur un peu plus de deux semaines à 1,5g par jour, mais durant cette période j’ai décidé de prendre un comprimé au moment du coucher et l’autre au réveil. Les effets ressentis lors de la première quinzaine du test m’ont parut en être optimisés, ce qui me laisse penser que d’une part je suis réactif aux principes actifs de la Bulbine natalensis, et que d’autre part le dosage optimal est pour moi de 1,5g par jour, à répartir en deux prises.

Si je m’efforce de n’avoir jamais aucun  a priori négatif à l’égard d’un composé que je m’apprête à tester, j’avoue que je ne plaçais pas de grandes espérances dans la Bulbine natalensis: les extraits végétaux censés stimuler la production de testostérone chez l’homme actuellement disponibles sont, il faut bien le reconnaître, souvent de qualité inégale, et leur origine comme leur variété exacte est souvent sujette à caution. C’est notamment le cas du Tribulus terrestris, dont des extraits médiocres et souvent douteux inondent le marché, ce qui a contribué à progressivement enterrer la réputation d’une plante qui n’en demeure pas moins intéressante à de nombreux égards.

Si l’état actuel des recherches sur la Bulbine natalensis reste pour l’instant insuffisant pour en recommander l’utilisation, je sais que pour ma part je retenterai l’expérience, et la prochaine fois je ferai procéder à une prise de sang avant et après pour en avoir le cœur net.

¹ Yakubu MT, Afolayan AJ “ Anabolic and androgenic activities of Bulbine natalensis stem in male Wistar rats “ . Pharm Biol. (2010)

² Ibid.

³ Yakubu MT, Afolayan AJ “ Effect of aqueous extract of Bulbine natalensis (Baker) stem on the sexual behaviour of male rats “ . Int J Androl. (2009)

Yakubu MT, Afolayan AJ “Reproductive toxicologic evaluations of Bulbine natalensis Baker stem extract in albino rats “ . Theriogenology. (2009)

akubu MT, Afolayan AJ “Anabolic and androgenic activities of Bulbine natalensis stem in male Wistar rats” . Pharm Biol. (2010).

Afolayan AJ, Yakubu MT “Effect of Bulbine natalensis Baker stem extract on the functional indices and histology of the liver and kidney of male Wistar rats” . J Med Food. (2009)

Jennifer E Hofheins, Scott M Habowski, Tim N Ziegenfuss, and Hector L Lopez “Short term safety of bulbine natalensis supplementation in healthy men”, J Int Soc Sports Nutr. 2012; 9(Suppl 1): P33.

 

La carnitine et la fonte adipeuse : mythe commercial ou réalité scientifique ?

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Par Alex, MuscleXperience team

Il suffit d’entrer le terme « carnitine » dans n’importe quel moteur de recherche pour s’en convaincre : la carnitine est l’un des premiers suppléments plébiscités pour favoriser la fonte adipeuse. L’on peut cependant se demander si cette réputation de supplément « brûle-graisse » est scientifiquement fondée, et si l’état actuel de la recherche a pu mettre en évidence d’autres avantages à se supplémenter en carnitine.

La carnitine est un composé dont les précurseurs sont la lysine et la méthionine, mais elle est directement synthétisée à partir de la Nε-trimethyllysine dans le foie via l’action de quatre enzymes. Il existe deux stéréo isomère (D-carnitine et L-carnitine), mais seule la fome L est bio-active. La L-carnitine sous forme injectable est prescrite pour des patients déficients souffrant de certains troubles métaboliques. Cela a du sens puisque la carnitine joue un rôle primordial dans l’oxydation des lipides.

Concernant les allégations tendant à attribuer à la L-carnitine des propriétés « brûle-graisse », de nombreuses études ont été menées, mais nous allons le voir leurs résultats sont loin d’être homogènes.

Dans le commerce, plusieurs formes de carnitine sont disponibles : les plus courantes sont la L-carnitine L-tartrate et l’acétyl-L-carnitine (ALCAR). La L-carnitine L-tartrate est hydrosoluble tandis que l’acétyl-L-carnitine est liposoluble (soluble dans les graisses).

Un peu de biochimie…

La carnitine joue un rôle crucial dans l’oxydation des lipides en intervenant dans le transport des acides gras  dans les mitochondries. Les mitochondries sont des organites (structures spécialisée ayant une fonction spécifique au sein de la cellule) impliquées dans la production énergétique au niveau cellulaire, qui font partie de mécanismes complexes désignées sous l’appellation d’oxydation cellulaires. Le but de cet article n’est pas de faire un cours de biochimie métabolique, mais néanmoins d’aller un peu plus loin que les banalités que l’on trouve le plus souvent à propos de la carnitine, dont la finalité première est de vous en faire acheter.

Nos cellules sont le siège de nombreuses réactions chimiques. Celles-ci sont possibles grâce à une source d’énergie, l’ATP (adénosine-5′-triphosphate ), molécule produite en permanence par l’organisme et qui permet entre autres la contraction musculaire. L’ATP est issu de la transformation (phosphorylation, ajout d’un groupement phosphate sur une molécule) de l’ADP (adénosine diphosphate), elle même rendue possible grâce à l’oxydation des graisses. C’est au sein de l’une des voies métaboliques de cette lipolyse qu’intervient la carnitine.

Lors d’un exercice physique ou d’un jeûne, les acides gras stockés dans les adipocytes sont libérés dans la circulation sanguine par la stimulation des récepteurs β-adrénergiques. Une fois parvenus dans les cellules, les acides gras, devenus des Acyl-Coa (acides gras et coenzyme-A) ont besoin de la carnitine pour parvenir jusqu’aux mitochondries.  

Effets d’une supplémentation en carnitine sur la fonte adipeuse : des résultats mitigés

Mais les études animales menées pour mettre en évidence la plus-value d’une supplémentation en carnitine chez un sujet sain sont discordantes, certaines n’étant pas concluantes¹, y compris quand la supplémentation est couplée à un entraînement d’endurance², d’autres au contraires ayant montré un effet significatif chez ses sujets en surpoids³ (des chats…) d’un régime hypocalorique couplé à une supplémentation en L-carnitine.

Chez l’humain, on peut trouver des résultats tout aussi contradictoires. La supplémentation en carnitine a influé positivement sur le taux de carnitine musculaire, ce qui signifie qu’elle augmente la quantité de carnitine disponible. Mais une étude australienne a comparé les résultats obtenus par deux groupes de femmes en surpoids, le premier recevant un placebo, le second 2g de carnitine quotidiennement pendant 8 semaine. Les deux groupes pratiquant la marche à pied à raison de 30 minutes par jour 4 jours par semaine, le groupe test ayant consommé le supplément de carnitine n’a pas montré de modifications significatives de la composition corporelle (rapport masse maigre/masse grasse) par rapport au groupe témoin.  

L’on trouve cependant des études menées sur des sujets humains qui au contraire montrent une influence positive de la supplémentation en L-carnitine sur la composition corporelle, soit dans le cas d’une prise quotidienne plus importante4 (cure de 10 jours à raison de 3g par jour), soit dans celui d’une prise sur plusieurs mois5 (6 mois à raison de 2g par jour dans ce test. Dans ce dernier cas de figure, une prise de masse musculaire maigre à même été constatée par les chercheurs.

On le voit les études menées spécifiquement sur la fonte adipeuse générée par la supplémentation en carnitine via par des processus encore difficiles à appréhender dans leur globalité aujourd’hui aboutissent à des résultats contradictoires. Faut-il pour autant exclure la carnitine de sa liste de suppléments ?

Les bienfaits avérés d’une supplémentation en carnitine

S’il est encore trop tôt pour affirmer que la carnitine joue bien un rôle significatif dans la fonte adipeuse, en revanche ce composé recèle bien d’autres vertus moins plébiscitées mais précieuses pour les sportifs comme pour toute personne soucieuse de sa santé.

Un effet moins connu et très intéressant pour les sportifs et en particulier les bodybuilders et les athlètes de force est l’accroissement de la sensibilité des récepteurs aux androgènes6 (NR3C4) après un exercice de résistance, ce qui permet théoriquement une meilleure récupération.

Un autre effet particulièrement intéressant de la supplémentation en carnitine concerne le vieillissement cellulaire. Nous l’avons vu la carnitine joue un rôle central sur la production d’énergie au sein des mitochondries, mais avec l’âge leur niveau d’activité décline, tout comme leur (concentration en carnitine) ce qui peut être la source de problèmes de santé majeurs. Or il a été prouvé qu’une supplémentation en carnitine était susceptible de restaurer des niveaux optimaux de carnitine, proches de ceux d’un jeune individu7.   

Cet effet « protecteur » des mitochondries pourrait ainsi expliquer les bienfaits lié à la supplémentation en carnitine sur la santé humaine. Ainsi, une méta-analyse (combinaison de résultats de différentes recherches par des méthodes statistiques) menée aux Etats-Unis à mis en évidence une corrélation entre supplémentation en carnitine et santé cardiovasculaire8.  

L’intérêt d’une supplémentation en carnitine a également été mis en lumière par des études menées sur ses effets potentiels sur la mémoire et le déclin cognitif lié au vieillissement. La carnitine ayant une action bénéfique sur les mitochondries des cellules, il a été suggéré que cela puisse expliquer ses effets sur la mémoire, ce qui offre d’intéressantes pistes à la recherche en particulier dans la prise en charge des troubles de la mémoire liés à la maladie d’Alzheimer9 10.

Enfin, plusieurs études suggèrent qu’une supplémentation en carnitine couplée à une restriction calorique pourrait avoir une influence positive sur la sensibilité à l’insuline11.

Ainsi, si la vertu première attribuée à la supplémentation en carnitine à savoir son incidence sur la fonte adipeuse, a parfois été battue en brèche par la recherche, l’on doit remarquer qu’avec l’âge le « stock » de carnitine total des mitochondries et donc des cellules diminue, ce qui entraîne évidemment des conséquences néfastes sur leur fonctionnement. Une supplémentation en carnitine semble être susceptible d’inverser certains de ces processus, et l’on peut avancer l’hypothèse suivante: celle-ci va aider les mitochondries à compenser ce ralentissement de l’activité liés à l’âge dans l’oxydation des lipides. Une supplémentation n’est donc peut être pas opportune, quoique sans risque (à condition de respecter les doses recommandées et testées12), chez le pratiquant jeune mais peut avoir du sens à mesure que ce même pratiquant prendra de l’âge.

1 Ann Nutr Metab. 2002;46(5):205-10

2  Int J Vitam Nutr Res. 2005 Mar;75(2):156-60.

Center SA, Warner KL, Randolph JF, Sunvold GD, Vickers JR. Am J Vet Res. 2012 Jul;73(7):1002-15. doi: 10.2460/ajvr.73.7.1002

4 Wutzke KD, Lorenz H. The effect of l-carnitine on fat oxidation, protein turnover, and body composition in slightly overweight subjects. Metabolism. 2004 Aug;53(8):1002-6.

Malaguarnera M, Cammalleri L, Gargante MP, Vacante M, Colonna V, Motta M. L-Carnitine treatment reduces severity of physical and mental fatigue and increases cognitive functions in centenarians: a randomized and controlled clinical trial. Am J Clin Nutr. 2007 Dec;86(6):1738-44.

Kraemer WJ, Spiering BA, Volek JS, Ratamess NA, Sharman MJ, Rubin MR, French DN, Silvestre R, Hatfield DL, Van Heest JL, Vingren JL, Judelson DA, Deschenes MR, Maresh CM. Androgenic responses to resistance exercise: effects of feeding and L-carnitine. Med Sci Sports Exerc. 2006 Jul;38(7):1288-96.

Pesce V, Fracasso F, Cassano P, Lezza AM, Cantatore P, Gadaleta MN. Acetyl-L-carnitine supplementation to old rats partially reverts the age-related mitochondrial decay of soleus muscle by activating peroxisome proliferator-activated receptor gamma coactivator-1alpha-dependent mitochondrial biogenesis. Rejuvenation Res. 2010 Apr-Jun;13(2-3):148-51.

DiNicolantonio JJ, Lavie CJ, Fares H, et al. L-carnitine in the secondary prevention of cardiovascular disease: Systematic review and meta-analysis. Mayo Clin Proc 2013; DOI: 10.1016/j.mayocp.2013.02.007.

Brooks JO, 3rd, Yesavage JA, Carta A, Bravi D. Acetyl L-carnitine slows decline in younger patients with Alzheimer’s disease: a reanalysis of a double-blind, placebo-controlled study using the trilinear approach. Int Psychogeriatr. 1998 Jun;10(2):193-203.

10 Bianchetti A, Rozzini R, Trabucchi M. Effects of acetyl-L-carnitine in Alzheimer’s disease patients unresponsive to acetylcholinesterase inhibitors. Curr Med Res Opin. 2003;19(4):350-3.

11 Alessio Molfino, Antonia Cascino, Caterina Conte, Cesarina Ramaccini,Filippo Rossi Fanelli, Alessandro Laviano, Caloric Restriction and L-Carnitine Administration Improves Insulin Sensitivity in Patients With Impaired Glucose Metabolism, JPEN J Parenter Enteral Nutr May 2010 vol. 34 no. 3 295-299

12 Risk assessment for carnitine. Hathcock JN, Shao A. Regul Toxicol Pharmacol. 2006 Oct;46(1):23-8. Epub 2006 Aug 9. Review.

Les weight ou mass gainers: amis ou ennemis? 

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Par Alex, MuscleXperience team

Les gainers ou «suppléments de prise de poids» sont l’un des suppléments phares pour les débutants en musculation qui veulent prendre rapidement beaucoup de masse musculaire. Impressionnés par le nombre faramineux de calories affichées sur les emballages, et écoutant attentivement les gourous qui leur disent que pour prendre de la masse il faut ingurgiter autant de calories que possible (ce qui est est évidemment à nuancer), ces produits incarnent souvent l’espoir d’une prise de masse rapide et solide.

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Acides aminés essentiels (EAA) ou acides aminés ramifiés (BCAA), lesquels choisir?

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Par Alex, MuscleXperience team

Parmi les suppléments populaires chez les pratiquants sérieux de musculation, les BCAA tiennent une place de choix, juste à côté de la whey. Je me suis rendu compte que la rédaction d’un article consacré aux acides aminés essentiels et aux acides aminés ramifiés (ou branchés) qui en font partie s’imposait quand je me suis, il y a quelques temps, rendu au salon mondial Body Fitness à Paris, et que j’en ai profité pour faire le plein d’EAA en comprimés. A ma grande surprise, sur les quatre stands de grandes marques de nutrition sportive où j’ai demandé des acides aminés essentiels, on m’a apporté des BCAA. « Non » rectifiais-je, « je voudrais des acides aminés essentiels, des EAA ». Regards interrogateurs, un vendeur m’a même dit que je n’y connaissais rien, que des acides aminés essentiels et des BCAA c’était la même chose. Et bien pas à proprement parler…

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