La carnitine et la fonte adipeuse : mythe commercial ou réalité scientifique ?

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Par Alex, MuscleXperience team

Il suffit d’entrer le terme « carnitine » dans n’importe quel moteur de recherche pour s’en convaincre : la carnitine est l’un des premiers suppléments plébiscités pour favoriser la fonte adipeuse. L’on peut cependant se demander si cette réputation de supplément « brûle-graisse » est scientifiquement fondée, et si l’état actuel de la recherche a pu mettre en évidence d’autres avantages à se supplémenter en carnitine.

La carnitine est un composé dont les précurseurs sont la lysine et la méthionine, mais elle est directement synthétisée à partir de la Nε-trimethyllysine dans le foie via l’action de quatre enzymes. Il existe deux stéréo isomère (D-carnitine et L-carnitine), mais seule la fome L est bio-active. La L-carnitine sous forme injectable est prescrite pour des patients déficients souffrant de certains troubles métaboliques. Cela a du sens puisque la carnitine joue un rôle primordial dans l’oxydation des lipides.

Concernant les allégations tendant à attribuer à la L-carnitine des propriétés « brûle-graisse », de nombreuses études ont été menées, mais nous allons le voir leurs résultats sont loin d’être homogènes.

Dans le commerce, plusieurs formes de carnitine sont disponibles : les plus courantes sont la L-carnitine L-tartrate et l’acétyl-L-carnitine (ALCAR). La L-carnitine L-tartrate est hydrosoluble tandis que l’acétyl-L-carnitine est liposoluble (soluble dans les graisses).

Un peu de biochimie…

La carnitine joue un rôle crucial dans l’oxydation des lipides en intervenant dans le transport des acides gras  dans les mitochondries. Les mitochondries sont des organites (structures spécialisée ayant une fonction spécifique au sein de la cellule) impliquées dans la production énergétique au niveau cellulaire, qui font partie de mécanismes complexes désignées sous l’appellation d’oxydation cellulaires. Le but de cet article n’est pas de faire un cours de biochimie métabolique, mais néanmoins d’aller un peu plus loin que les banalités que l’on trouve le plus souvent à propos de la carnitine, dont la finalité première est de vous en faire acheter.

Nos cellules sont le siège de nombreuses réactions chimiques. Celles-ci sont possibles grâce à une source d’énergie, l’ATP (adénosine-5′-triphosphate ), molécule produite en permanence par l’organisme et qui permet entre autres la contraction musculaire. L’ATP est issu de la transformation (phosphorylation, ajout d’un groupement phosphate sur une molécule) de l’ADP (adénosine diphosphate), elle même rendue possible grâce à l’oxydation des graisses. C’est au sein de l’une des voies métaboliques de cette lipolyse qu’intervient la carnitine.

Lors d’un exercice physique ou d’un jeûne, les acides gras stockés dans les adipocytes sont libérés dans la circulation sanguine par la stimulation des récepteurs β-adrénergiques. Une fois parvenus dans les cellules, les acides gras, devenus des Acyl-Coa (acides gras et coenzyme-A) ont besoin de la carnitine pour parvenir jusqu’aux mitochondries.  

Effets d’une supplémentation en carnitine sur la fonte adipeuse : des résultats mitigés

Mais les études animales menées pour mettre en évidence la plus-value d’une supplémentation en carnitine chez un sujet sain sont discordantes, certaines n’étant pas concluantes¹, y compris quand la supplémentation est couplée à un entraînement d’endurance², d’autres au contraires ayant montré un effet significatif chez ses sujets en surpoids³ (des chats…) d’un régime hypocalorique couplé à une supplémentation en L-carnitine.

Chez l’humain, on peut trouver des résultats tout aussi contradictoires. La supplémentation en carnitine a influé positivement sur le taux de carnitine musculaire, ce qui signifie qu’elle augmente la quantité de carnitine disponible. Mais une étude australienne a comparé les résultats obtenus par deux groupes de femmes en surpoids, le premier recevant un placebo, le second 2g de carnitine quotidiennement pendant 8 semaine. Les deux groupes pratiquant la marche à pied à raison de 30 minutes par jour 4 jours par semaine, le groupe test ayant consommé le supplément de carnitine n’a pas montré de modifications significatives de la composition corporelle (rapport masse maigre/masse grasse) par rapport au groupe témoin.  

L’on trouve cependant des études menées sur des sujets humains qui au contraire montrent une influence positive de la supplémentation en L-carnitine sur la composition corporelle, soit dans le cas d’une prise quotidienne plus importante4 (cure de 10 jours à raison de 3g par jour), soit dans celui d’une prise sur plusieurs mois5 (6 mois à raison de 2g par jour dans ce test. Dans ce dernier cas de figure, une prise de masse musculaire maigre à même été constatée par les chercheurs.

On le voit les études menées spécifiquement sur la fonte adipeuse générée par la supplémentation en carnitine via par des processus encore difficiles à appréhender dans leur globalité aujourd’hui aboutissent à des résultats contradictoires. Faut-il pour autant exclure la carnitine de sa liste de suppléments ?

Les bienfaits avérés d’une supplémentation en carnitine

S’il est encore trop tôt pour affirmer que la carnitine joue bien un rôle significatif dans la fonte adipeuse, en revanche ce composé recèle bien d’autres vertus moins plébiscitées mais précieuses pour les sportifs comme pour toute personne soucieuse de sa santé.

Un effet moins connu et très intéressant pour les sportifs et en particulier les bodybuilders et les athlètes de force est l’accroissement de la sensibilité des récepteurs aux androgènes6 (NR3C4) après un exercice de résistance, ce qui permet théoriquement une meilleure récupération.

Un autre effet particulièrement intéressant de la supplémentation en carnitine concerne le vieillissement cellulaire. Nous l’avons vu la carnitine joue un rôle central sur la production d’énergie au sein des mitochondries, mais avec l’âge leur niveau d’activité décline, tout comme leur (concentration en carnitine) ce qui peut être la source de problèmes de santé majeurs. Or il a été prouvé qu’une supplémentation en carnitine était susceptible de restaurer des niveaux optimaux de carnitine, proches de ceux d’un jeune individu7.   

Cet effet « protecteur » des mitochondries pourrait ainsi expliquer les bienfaits lié à la supplémentation en carnitine sur la santé humaine. Ainsi, une méta-analyse (combinaison de résultats de différentes recherches par des méthodes statistiques) menée aux Etats-Unis à mis en évidence une corrélation entre supplémentation en carnitine et santé cardiovasculaire8.  

L’intérêt d’une supplémentation en carnitine a également été mis en lumière par des études menées sur ses effets potentiels sur la mémoire et le déclin cognitif lié au vieillissement. La carnitine ayant une action bénéfique sur les mitochondries des cellules, il a été suggéré que cela puisse expliquer ses effets sur la mémoire, ce qui offre d’intéressantes pistes à la recherche en particulier dans la prise en charge des troubles de la mémoire liés à la maladie d’Alzheimer9 10.

Enfin, plusieurs études suggèrent qu’une supplémentation en carnitine couplée à une restriction calorique pourrait avoir une influence positive sur la sensibilité à l’insuline11.

Ainsi, si la vertu première attribuée à la supplémentation en carnitine à savoir son incidence sur la fonte adipeuse, a parfois été battue en brèche par la recherche, l’on doit remarquer qu’avec l’âge le « stock » de carnitine total des mitochondries et donc des cellules diminue, ce qui entraîne évidemment des conséquences néfastes sur leur fonctionnement. Une supplémentation en carnitine semble être susceptible d’inverser certains de ces processus, et l’on peut avancer l’hypothèse suivante: celle-ci va aider les mitochondries à compenser ce ralentissement de l’activité liés à l’âge dans l’oxydation des lipides. Une supplémentation n’est donc peut être pas opportune, quoique sans risque (à condition de respecter les doses recommandées et testées12), chez le pratiquant jeune mais peut avoir du sens à mesure que ce même pratiquant prendra de l’âge.

1 Ann Nutr Metab. 2002;46(5):205-10

2  Int J Vitam Nutr Res. 2005 Mar;75(2):156-60.

Center SA, Warner KL, Randolph JF, Sunvold GD, Vickers JR. Am J Vet Res. 2012 Jul;73(7):1002-15. doi: 10.2460/ajvr.73.7.1002

4 Wutzke KD, Lorenz H. The effect of l-carnitine on fat oxidation, protein turnover, and body composition in slightly overweight subjects. Metabolism. 2004 Aug;53(8):1002-6.

Malaguarnera M, Cammalleri L, Gargante MP, Vacante M, Colonna V, Motta M. L-Carnitine treatment reduces severity of physical and mental fatigue and increases cognitive functions in centenarians: a randomized and controlled clinical trial. Am J Clin Nutr. 2007 Dec;86(6):1738-44.

Kraemer WJ, Spiering BA, Volek JS, Ratamess NA, Sharman MJ, Rubin MR, French DN, Silvestre R, Hatfield DL, Van Heest JL, Vingren JL, Judelson DA, Deschenes MR, Maresh CM. Androgenic responses to resistance exercise: effects of feeding and L-carnitine. Med Sci Sports Exerc. 2006 Jul;38(7):1288-96.

Pesce V, Fracasso F, Cassano P, Lezza AM, Cantatore P, Gadaleta MN. Acetyl-L-carnitine supplementation to old rats partially reverts the age-related mitochondrial decay of soleus muscle by activating peroxisome proliferator-activated receptor gamma coactivator-1alpha-dependent mitochondrial biogenesis. Rejuvenation Res. 2010 Apr-Jun;13(2-3):148-51.

DiNicolantonio JJ, Lavie CJ, Fares H, et al. L-carnitine in the secondary prevention of cardiovascular disease: Systematic review and meta-analysis. Mayo Clin Proc 2013; DOI: 10.1016/j.mayocp.2013.02.007.

Brooks JO, 3rd, Yesavage JA, Carta A, Bravi D. Acetyl L-carnitine slows decline in younger patients with Alzheimer’s disease: a reanalysis of a double-blind, placebo-controlled study using the trilinear approach. Int Psychogeriatr. 1998 Jun;10(2):193-203.

10 Bianchetti A, Rozzini R, Trabucchi M. Effects of acetyl-L-carnitine in Alzheimer’s disease patients unresponsive to acetylcholinesterase inhibitors. Curr Med Res Opin. 2003;19(4):350-3.

11 Alessio Molfino, Antonia Cascino, Caterina Conte, Cesarina Ramaccini,Filippo Rossi Fanelli, Alessandro Laviano, Caloric Restriction and L-Carnitine Administration Improves Insulin Sensitivity in Patients With Impaired Glucose Metabolism, JPEN J Parenter Enteral Nutr May 2010 vol. 34 no. 3 295-299

12 Risk assessment for carnitine. Hathcock JN, Shao A. Regul Toxicol Pharmacol. 2006 Oct;46(1):23-8. Epub 2006 Aug 9. Review.

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